Introduction
L’article 10 de la constitution du 22 juillet 2023 énumère l’éducation et la formation comme des droits reconnues, donc des droits garantis dans notre pays voire des droits fondamentaux.
Éduquer et former, ce sont deux objectifs cruciaux dans toute organisation notamment professionnelle. Ces actions donnent corps à une seule vérité : la première ressource de toute entité sociale est constituée avant tout des hommes et des femmes qui y évoluent. Le progrès d’une telle entité suppose avant tout le développement de la ressource première qu’est la ressource humaine. En réalité, développer la ressource humaine, c’est impérativement éduquer et former chaque individu. L’atteinte des objectifs assignés à un groupe humain quelconque dépend largement de ces deux actions impératives : le capital humain. Dans les années 1960 s’est développé la notion de capital humain en occident. Il a été théoriquement développé par des économistes comme Becker pour qui l’éducation est une forme d’investissement qui augmente pour un individu d’obtenir un emploi qualifié, et pour une collectivité, stimuler l’économie et favoriser l’innovation. Au Mali, désormais l’éducation et la formation sont arrimée à une vision globale Mali kuru taa siar ka ben san 2063 ma et la stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033.
En effet, cette vision affirme la centralité de l’éducation et de la formation dès son introduction : « L’éducation et la formation technique et professionnelle doivent être un élément central de la stratégie nationale de développement. Elles doivent correspondre aux filières économiques identifiées.» Parmi les 11 projets qui transformera notre pays d’ici 2063 figure en bonne place le programme Sankorè, du nom de la prestigieuse université médiévale de Tombouctou, dédiée au développement du capital humain, par la reforme du système éducatif et de santé pour former le citoyen nouveau (Maliden Kura).
Il est bon de rappeler ici que le gouvernement de la Transition du Mali a organisé en janvier 2024 les états généraux de l’éducation sur recommandation des assises nationales de la refondation afin d’identifier les grands défis du secteur de l’éducation et proposer les voies et moyens qui permettent de les relever.
A cette occasion, les acteurs de l’éducation n’ont pas manqué de définir l’éducation. Ainsi, l’éducation est comprise comme l’action de former une personne, un enfant ou un adolescent, en développant ses qualités physiques, intellectuelles et morales, de manière à lui permettre d’affronter la vie pour son épanouissement. Cette éducation est un puissant facteur de changement qui améliore la santé et les moyens de subsistance et contribue à la promotion sociale et à la croissance économique à long terme.
Les états généraux ont affirmé également que le capital humain est d’une importance fondamentale dans le développement du Mali. Les principales questions soulevées par le développement du capital humain portent sur (i) la maîtrise de la dynamique démographique ; (ii) l’accès universel aux services sociaux de base que sont l’éducation, les soins de santé de qualité, l’eau potable et un cadre de vie sain ; (iii) le renforcement des dispositifs de protection sociale et (iv) la mise à disposition d’une offre diversifiée sur le marché du travail.
La population malienne très jeune et en rapide croissance, en appelle à la nécessité d’investir dans le capital humain pour capturer le dividende démographique. Les jeunes de moins de 25 ans constituent plus 60% de la population. Le Mali possède l’un des populations les plus jeunes au monde. Cette jeune doit être formée, voire bien formée pour qu’elle soit le moteur de l’émergence économique du Mali envisagée entre 2024 et 2033. Le pays ne manque donc pas de talents. Il créer les conditions d’éclosion de ces talents multiples dont dispose notre pays.
Le Ministère de l’enseignement, conformément à la vision stratégique des hautes autorités de la transition, et conformément à la politique nationale de l’enseignement supérieur de 2009, s’est assigné comme objectif de structurer l’enseignement supérieur pour le rendre encore plus accessible pour les maliens. Cela concerne non seulement la création de structures de formation comme les universités régionales, les centres d’excellence, mais aussi la diversification et la professionnalisation des offres de formation des institutions d’enseignement supérieur, notamment publiques.
Exemples : 1. Ecole de Guerre du Mali (EGM), notamment son master Stratégie, défense, sécurité et développement
- école de maintien de la paix Alioun Blondin Beye (EMP), les deux Masters : Master en maintien de la paix, Master sur la criminalité organisée, terrorisme et coopération pénale internationale
- Institut de formation professionnelle aux métiers de la sécurité sociale (IFP-M2S) en collaboration avec de l’université kurukanfuga de Bamako
En quoi l’éducation et la formation constituent-ils des leviers pour l’insertion professionnelle et le développement de carrière ?
- L’éducation est le fondement
Pour l’UNESCO, l’éducation est un processus d’apprentissage tout au long de la vie. Elle transmet les savoirs, les compétences et les valeurs pour bâtir un avenir meilleur. C’est un droit humain fondamental. Elle favorise la paix, l’inclusion sociale et le développement durable.
L’éducation est la voie royale d’acquisition de connaissances, d’adaptation et d’intégration dans un milieu donné qu’il soit social ou professionnelle. C’est la fondation qui permet tout type de construction. Ainsi les parents préparent-ils leurs enfants à une meilleure intégration sociales en lui fournissant au cours de l’éducation familiale les principes et valeurs de la société qui l’accueille. Dans ce sens, les enfants qui ne s’intègrent pas convenablement dans la société, sont dits mal éduqués. Au contraire, les enfants qui montrent une grande capacité d’intégration dans les groupes humains, sont appelés des enfants d’une bonne éducation. Au-delà de l’étiquetage, cette perception de l’enfant par les autres à un impact sur sa vie sociale. Dans ce sens éduquer signifie, inculquer des valeurs et principes, généralement par une génération à une autre. Ainsi pour Platon l’éducation est l’outil pour créer une société juste. Elle forme dit-il des citoyens capable de diriger la cité.
Dans ce sens un proverbe africain dit « Il faut tout un village pour éduquer un enfant ». La plupart des parents n’étant plus capables d’assumer leur rôle d’éducation familiale, notamment en milieu urbain, alors, rares sont les personnes qui se sentent responsables de l’éducation des enfants d’autrui. Cette démission quasi générale explique, en partie, la prolifération des enfants dans la rue.
L’éducation dans le sens de l’instruction, permet à la personne concernée d’acquérir dans un contexte organisé des connaissances utiles pour exercer une activité donnée ou pour le développement personnel. Ces connaissances ainsi acquises produisent des compétences qui facilitent l’insertion professionnelle de la personne qui en est dotée mais aussi le prépare à s’adapter à toutes situations. Aller à l’école ou faire des études permet d’obtenir des diplômes. Ces diplômes montrent aux employeurs que vous êtes capable de produire plus de valeur. Comme le dit John Graham «Vous découvrirez que l’éducation est à peu près la seule chose qui traîne dans ce monde, et c’est à peu près la seule chose qu’un homme peut avoir autant qu’il est prêt à emporter.»
Dans un monde en mutations rapides et constantes, notamment dans le domaine professionnelle, l’acquisition initiale de connaissance est déterminante pour une première insertion professionnelle, mais aussi la capacité à apprendre tout le long de la vie est souvent appréciée voire exigée dans les nouveaux contextes professionnels. Aujourd’hui, un médecin, un avocat ou un chercheur qui ne s’est pas approprié l’intelligence artificielle est un handicapé de sa profession. Il est donc attendu de la personne un développement professionnel constant, une adaptabilité à différents contextes. En effet, aujourd’hui, de plus en plus les mots d’ordre sont développement professionnel continu, autonomie professionnelle, consultation, professionnalisme collectif, efficacité, performance, flexibilité, soutien, bien-être et satisfaction au travail.
Dans un contexte de refondation, le Mali a choisi de trouver une intersection des deux conceptions de l’éducation ici présenter. Pour ce faire un programme national d’éducation aux valeurs a été adopté par le Gouvernement en 2024. A ce sujet, il est important de rappeler les propos de son Excellence le Général d’armée Assimi GOITA, Président de la Transition, chef de l’Etat dans son adresse à la nation le 16 juin 2023 : « A présent le moment est venu de confirmer notre engagement pour le Mali nouveau, le Mali Kura, en lui offrant les conditions d’un nouveau contrat social entre les maliens avec comme objectif la préservation de nos valeurs socioculturelles et l’instauration d’un Etat fort, efficace et au service du bien-être des citoyens.. »
Il est bon de rappeler que le président de la transition, chef de l’Etat a déclaré la période 2026 et 2027 année de l’éducation et de la culture au Mali.
Les départements en charge de la culture, de l’éducation et de l’enseignement supérieur sont à pied d’œuvre pour permettre aux apprenants maliens de baigner dans leur culture et rester ouvert au monde. C’est cela le mali den kura, que fera le Mali kura que nous voulons.
- La formation, un renforcement nécessaire et toujours bienvenu
La formation est un processus organisé qui permet d’apprendre des taches particulières. Ainsi, les exigences à l’égard des travailleurs, notamment ceux du secteur social sont très nombreuses. Ils doivent permanemment mettre à l’épreuve leurs savoirs et les renouveler. La dynamique rapide des questions humaines sociales l’exige.
Comment les institutions de formation initiale les préparent-ils à développer leurs compétences, à s’adapter et à survivre à un marché du travail extrêmement exigeant et changeant? Enfin, du point de vue de la formation continue, quels dispositifs sont mis en place pour les professionnels et quels en sont les effets sur leur activité, voire sur leur éventuelle reconversion professionnelle ?
L’université malienne est au cœur de cette interrogation. Il s’agit avant tout de travailler avec les organisations socioprofessionnelles pour identifier leurs besoins de formation afin d’adapter les programmes de formation existants, d’initier des offres de formation susceptibles de satisfaire ces besoins et accepter de mettre à l’épreuve toutes les pratiques établies y compris les modes de gouvernance des universités.
Dans le cadre de la formation qui renforce les capacité qu’elle soit diplômante ou non, il essentiel d’observer et de tenir compte du sens donné par les travailleurs à leur mission, de la reconnaissance de leur expertise, de la satisfaction au travail et de l’attachement à l’emploi. La formation repose donc sur toute une politique précisant les grandes orientation et dégageant des objectifs précis qui permettraient de l’évaluer après mise en œuvre. Ces politiques reposent sur un large consensus entre tous les acteurs de la formation, l’État, les individus et les employeurs (Béduwé & Espinasse, 1995 ; OCDE, 2014), qui voient dans la formation, notamment celle des jeunes, le meilleur moyen de donner aux individus des compétences professionnelles durables qui, au- delà d’une insertion professionnelle réussie, leur permettront d’évoluer et de s’adapter aux évolutions du travail et des organisations.
Des débats presque permanents
Le débat n’est pas tranché entre ceux qui comme Marie Duru-Bellat (2006) voient dans la poursuite de l’élévation des niveaux de formation une inflation des diplômes qui contribue, via le déclassement des jeunes diplômés, à leur dévalorisation sur le marché du travail et ceux qui au contraire, comme Éric Maurin (2007), voient dans le développement de la formation le moyen déterminant pour lutter contre le chômage, l’obsolescence des qualifications et les inégalités sociales.
Le débat sur l’inadéquation entre la formation et les besoins du marché de l’emploi. On exige désormais des structures de formation d’entretenir des relations étroites avec le monde professionnel, non seulement dans le cadre de l’élaboration des offres de formations, mais aussi dans la formation elle-même. Les IES maliennes sont très sensibles à cette exigence, des conventions sont signées avec plusieurs organisations et des retours d’expérience sont pris avec beaucoup de sérieux et intégrées dans la révision des programmes de formation. Cependant le rôle principal de l’enseignement supérieur reste la formation, il doit créer les conditions théoriques de l’employabilités de ses sortants. Exemple : création du centre d’excellence sur l’énergie solaire photovoltaïque (le Mali est devenu est des leaders africain du lithium avec l’inauguration de grandes mines); l’opérationnalisation en cours de la filière vétérinaire de l’université de Sikasso ( premier cheptel de l’UEMOA et deuxième en Afrique de l’Ouest)
L’éducation donne les fondements, des savoirs souvent théoriques qui doivent être transformés en compétences, c’est-à-dire savoir les utiliser concrètement dans une situation réelle.
Pour ce faire, l’enseignement supérieur est en constante dialogue avec tous les acteurs économiques privés comme publics. Nous prenons avec beaucoup de sérieux chaque proclamation de résultats de concours ou d’appel à candidatures. Les postes non pourvus nous interpellent et nos structures de formation doivent saisir ces opportunités pour initier des programmes de formation dans les domaines en question.
Conclusion
Il claire que l’éducation donne à chaque personne le fondement solide qui lui permet de bâtir une vie professionnelle solide. La formation tout le long de la vie est une dynamique qui s’impose dans un mode en profondes mutations. On peut affirmer avec assurance aujourd’hui, se former continuellement ou périr, bien sur il s’agit de périr professionnellement. L’université est donc ouverte assez aujourd’hui pour donner plus d’opportunité aux maliens de se former et développer des compétences nouvelles qui étaient presqu’impossible à acquérir sur place.
A la fin de mon intervention, il me semble opportun de rapport les propos de deux distinguées personnalités de notre pays : l’un avocat disait : « un avocat qui ne renouvelle pas ses connaissances en droit représente un danger pour ses clients » ; dirigeant de banque : « lors des assemblées comme les conseil d’administration, le seul budget sur lequel je ne permets pas le débat est celui de la division formation, je lui donne immédiatement le budget qu’il demande, car la prochaine grande bataille des banques est celle des compétences »
Pr Bouréma KANSAYE
Ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique
10 juillet 2026
Source : La Rédaction